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Comprendre le stress, cultiver l'apaisement.

Une chronique de Théodore Farges

Actualité

Santé mentale des ados : le dépistage par biomarqueurs sanguins

Dans un entretien publié par l’Université McGill, la chercheuse Alice Morgunova décrit une piste de recherche fondée sur quelques gouttes de sang séché pour mieux étudier les biomarqueurs de la…

Théodore Farges, Praticien en relaxologie et analyste du stress·mis à jour 26 août 2026

Santé mentale des ados : le dépistage par biomarqueurs sanguins

Une crispation de la mâchoire, un sommeil perturbé ou une fatigue persistante ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un trouble dépressif. Mais ils rappellent une difficulté centrale de l’adolescence: le cerveau est encore en maturation et peut être particulièrement sensible aux effets du stress. Dans un entretien publié par l’Université McGill, la chercheuse Alice Morgunova décrit une piste de recherche fondée sur quelques gouttes de sang séché pour mieux étudier les biomarqueurs de la dépression chez les adolescents. Pour notre domaine, l’intérêt est important: il s’agit de mieux repérer une vulnérabilité biologique, sans réduire la santé mentale à un simple résultat de laboratoire.

Une méthode moins contraignante pour les jeunes

Les travaux menés à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas s’intéressent à des marqueurs sanguins associés à la dépression chez les adolescents. Plutôt que de recourir systématiquement à une prise de sang veineux nécessitant un volume plus important, les chercheurs utilisent des gouttes de sang séché.

Le principe est simple: le doigt est piqué, quelques gouttes sont déposées sur un papier filtre, puis les échantillons sont congelés afin de préserver leur composition moléculaire. Cette approche est déjà employée dans le dépistage néonatal et la détection de certains troubles métaboliques, selon le contenu présenté par McGill.

La réduction de la contrainte physique n’est pas un détail. Chez une population jeune et vulnérable, chaque étape qui diminue l’inconfort ou la charge du protocole peut faciliter la participation à la recherche. Elle peut aussi rendre envisageable un suivi répété, ce qui est essentiel lorsqu’on cherche à observer l’évolution d’un état psychique plutôt qu’un instant isolé.

Ce que les microARN peuvent — et ne peuvent pas encore — montrer

Alice Morgunova étudie une catégorie de molécules appelées microARN, ou miARN. Ces courtes séquences d’ARN jouent un rôle de régulation: elles peuvent modifier le fonctionnement ou l’expression de plusieurs gènes. Dans cette perspective, elles sont étudiées comme des signaux biologiques susceptibles d’éclairer certains mécanismes de la dépression.

Le point le plus intéressant concerne leur caractère dynamique. Les miARN peuvent se renouveler rapidement au cours des processus de régulation. Une mesure sanguine ne décrirait donc que l’état biologique correspondant au moment du prélèvement. Elle ne constituerait pas une étiquette définitive apposée sur l’adolescent.

C’est pourquoi les chercheurs insistent sur le suivi longitudinal: il faut vérifier la stabilité de ces biomarqueurs au fil de la progression de la maladie, et observer si leur expression varie avec les traitements ou d’autres interventions. La recherche ne porte donc pas seulement sur la découverte d’un marqueur, mais sur sa capacité à rester interprétable dans le temps.

Pour nous qui travaillons avec les manifestations corporelles du stress, cette nuance est fondamentale. Le corps fournit des signaux — tension musculaire, accélération physiologique, fatigue, modification du sommeil — mais aucun signal pris isolément ne résume une personne. Un biomarqueur sanguin, même prometteur, devrait être compris comme un élément parmi d’autres, et non comme un verdict.

Une piste de recherche, pas une lecture automatique de la santé mentale

L’article de McGill présente une méthode expérimentale et des perspectives de recherche. Il ne signale pas la mise à disposition d’un test courant permettant aux familles ou aux professionnels de diagnostiquer la dépression à partir d’une goutte de sang.

La prochaine question est donc celle de la reproductibilité: les marqueurs observés restent-ils suffisamment stables pour être suivis chez différents adolescents et dans différentes phases de leur parcours? Les chercheurs souhaitent notamment déterminer comment ils réagissent aux traitements et à l’évolution de l’état psychiatrique.

En pratique, cette actualité invite surtout à résister à deux réflexes opposés. Le premier consiste à biologiser entièrement la souffrance psychique. Le second serait de considérer que les symptômes corporels ne sont qu’une réaction secondaire sans intérêt. Le système nerveux, le comportement, l’environnement et les mécanismes biologiques interagissent dans une boucle de rétroaction complexe.

Pour les parents et les accompagnants, la conduite la plus solide reste donc l’observation dans la durée: repérer les changements persistants, écouter ce que le jeune décrit et solliciter un professionnel lorsque la situation inquiète. La goutte de sang étudiée par McGill ouvre une voie de compréhension. Elle ne remplace ni l’écoute clinique, ni l’évaluation globale, ni la relation de confiance qui permet à un adolescent de parler de ce qui lui arrive.